6 Juillet 2026
ML-été 2026
Les anarchismes extramuros
Dans son recueil de textes intitulé les fruits de l’anarchisme, Tomàs Ibáñez se livre à une étonnante introduction où, se présentant comme un « petit bonhomme », il relate son long parcours de militant anarchiste de 1944, année de sa naissance à aujourd’hui. À la suite de quoi de brefs textes s’enchaînent, parmi lesquels certains portant un regard rétroactif sur des manifestations récentes de l’anarchisme, comme Venise 1984, mais toujours avec le souci d’en faire une relecture des valeurs et des pratiques en lien avec le monde contemporain et son actualité. On y trouve aussi une intéressante analyse sur le néofascisme numérique en marche et le pouvoir illusoire des urnes pour le combattre. Il poursuit en se livrant à une critique raisonnée de certains féminismes.
Dans une autre partie de l’ouvrage, l’auteur pointe les emprunts à l’anarchisme d’auteurs qui jamais ne s’en revendiquèrent et parmi eux de puissants intellectuels comme Castoriadis. Mais il souligne aussi que ces mêmes intellectuels alimentèrent par leur théorisation et leur apport, tel Foucault, de nouvelles réflexions aux anarchismes contemporains toujours situés socio-historiquement. Quant à l’anarchisme, d’où le S du pluriel qu’il propose, il le considère comme multiple et foisonnant, toujours ancré dans des pratiques pourvoyeuses de théories nourrissant de pratiques renouvelées qui renforce la réflexion précédente.
Dans ce recueil, Tomàs se propose de repérer les « héritages » récents et les emprunts de penseurs non-anarchistes mais contributeurs de sa contemporanéité. Mais il en pointe aussi les négativités et les positivités inhérentes à sa dynamique et à son renouvellement. Ainsi, il ambitionne de participer à sa modernisation, voire comme il l’écrit en fin de volume de le « fertiliser » et de le ré-ouvrir sur le monde et les nécessaires nouvelles formes de résistances qui se font jour.
Quant au concept d’anarchismes extramuros que développe Ibáñez, il renvoie à de nombreuses pratiques que développent des collectifs dans des pratiques horizontales, autogestionnaires refusant l’avant-gardisme et toutes les formes de pouvoir, pratiques qui ne se réclament pas directement de l’anarchisme, mais qui de facto le réinventent et le met en oeuvre.
Un recueil qui revendique l’action comme génératrice d’idée, un recueil qui donne envie d’agir et de penser, pas toujours facile à lire et émaillé de quelques répétitions, nécessaires sans doute à la compréhension de son message interrogateur.
Hugues Groupe Commune de Paris
Ibáñez T., 2026, les fruits de l’anarchisme, Lyon, ACL.