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 Groupe Commune de Paris de La Fédération Anarchiste
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l'exportation des savoirs

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ML-nov-25

 

L’exportation des savoirs

 

Thomas Brisson nous invite dans son livre La désoccidentalisation des savoirs à repenser les transferts de connaissances qui eurent lieux dès le moyen âge et surtout au 19e siècle entre l’Occident et l’Asie, l’Egypte, le Moyen-Orient… il s’agit de retirer ses lunettes d’occidentaux souvent ethnocentrées et d’analyser les connaissances à partir de leur contexte d’émergence et/ou leur adoption par telle ou telle culture et d’adopter une optique décoloniale . En cela, il nous entraîne dans une aventure paradoxale. En effet, il s’agissait pour les états hors Europe, à la fois de s’approprier les outils de la modernité (supposée) occidentale pour mieux y résister. Quête des savoirs de la domination qui devaient aussi servir à renforcer les pouvoirs dans les Etats intéressés, mais qui offrirent, dans le même temps, à leurs « missionnaires » l’occasion de développer un esprit critique sur ces connaissances nouvelles et sur leur propre société d’origine, voire de devenir une source d’autonomie. Dans bien des cas l’adoption dans un premier temps de concepts occidentaux hégémoniques ouvrit également à d’autres « horizons contre-hégémoniques ». En d’autres termes, les savoirs de l’occident se retournèrent contre la domination occidentale. Néanmoins les concepts occidentaux intégrés transformèrent les compréhensions et les représentations du monde des sociétés d’accueil, par exemple, comme la représentation linéaire du temps ou la notion de progrès avant de devenir des contrepouvoirs face aux dominations coloniales. Ils alimentèrent ainsi les naissances des nationalismes et les futures luttes de libération en favorisant la construction de l’idée d’État-nation - dont on connaît aujourd’hui les dérives - souvent étrangère aux peuples dominés. Ils participèrent encore à forger des langues nationales uniformisantes autant qu’à l’hybridation du marxisme avec l’Islam ou la pensée chinoise. 

Les apports occidentaux inspirèrent par ailleurs les savants extraeuropéens à rechercher les sources du savoir chez les auteurs « autochtones » et les textes anciens afin « d’indigénéiser la modernité ». Ainsi en fut-il pour le socialisme, la psychologie ou encore la sociologie. Ils furent même l’objet dans certains cas de réinterprétations favorisant leur appropriation dans les sociétés d’importation vers une conception non occidentale de la modernité.

Un livre passionnant, sur l’histoire des idées et de leur migration. A méditer si l’on veut œuvrer à la diffusion de l’anarchisme.

 

Hugues, Groupe Commune de Paris

 

Brisson T., 2025, La désoccidentalisation des savoirs, Paris, La découverte.

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