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 Groupe Commune de Paris de La Fédération Anarchiste

Le Congrès de Tours et les anarchistes

Le Congrès de Tours et les anarchistes

Le Congrès de Tours et les anarchistes

A l’issue d’une guerre meurtrière soutenue par le militarisme industriel des deux côtés du Rhin, le mouvement ouvrier révolutionnaire et le mouvement anarchiste sortirent de cette épreuve profondément affaiblie malgré les espoirs, vite évaporés d’une révolution russe des soviets ou des conseils en Bavière.  L’une trahie par l’autoritarisme bolchévique et la répression de Kronstadt, l’autre écrasée dans le sang par les corps francs avec la bénédiction d’une social-démocratie déjà aux ordres du militarisme.  

Le congrès de Tours mettra en évidence, en forçant le trait, les deux faces d’une même médaille :  celle de l’illusion de la prise du pouvoir d’État au service de la Révolution sociale.

Si des anarchistes participèrent à la création d’un premier parti communiste dès après la révolution d’Octobre, sa dissolution fut rapide. Quelques anarchistes néanmoins, comme Gaston Monmousseau soutinrent longtemps l’illusion d’une Révolution sociale en Russie et celle de la nécessité d’un parti au service du prolétariat. D’autres en revinrent quelquefois à l’image d’un Victor Serge.

1920 marque une fracture profonde dans les deux options de prise du pouvoir d’État par le « parti » et ses « avant-gardes », toutes deux issues de la branche autoritaire de la première internationale (AIT). Les uns la souhaitaient par les urnes, les autres par le coup de force et la dictature. Deux options dans lesquelles les anarchistes ne se reconnurent jamais même s’ils dénoncèrent le dictat de Moscou et l’inféodation des Partis et des syndicats à ses directives sans appel. Ce qui n’empêcha pas d’ailleurs des actions communes « PCF-Anarchistes » notamment autour de la campagne pour la libération des marins de la mer noire. Néanmoins et pour mémoire, David Berry fait mention d'un meeting sur « les anarchistes et la dictature » dans les locaux de la CGT avec, entre autres, Faure et Lecoin, début décembre 1920, soit juste avant le congrès de Tours. Quant à la SFIO, elle avait été compromise avec le CGT de Jouhaux dans l’Union sacrée et les anarchistes ne se faisaient aucune illusion sur ses orientations au mieux réformistes.

Dire que ce congrès fut pour les anarchistes un non-évènement serait sans doute absurde, car il eut dans cette période de nombreuses défections de militants libertaires qui rejoignirent au moins un temps la SFIC avant d’en être, le plus souvent, assez rapidement exclus.

Le Congrès de Tours n’impliqua donc pas directement les libertaires, ceux-là étant interdits d’International ouvrière depuis 1889 pour cause divergences tactiques. Il créa néanmoins une profonde fracture dans le mouvement social encore présente aujourd’hui.

Cent après, ce congrès marque, pour moi, le début du désenchantement de la Révolution. Désenchantement qui fut largement l’œuvre des deux composantes du socialisme de parti à mille lieues d’avoir compris la nécessité incontournable de l’auto-organisation et du fédéralisme pour réussir une révolution sociale humaniste et égalitaire.

Hugues Lenoir

Fédération anarchiste/Radio libertaire

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