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 Groupe Commune de Paris de La Fédération Anarchiste

Elisée Reclus Végétarien

Elisée Reclus Végétarien

L’Homme, l’Animal et la Terre

Élisée Reclus prend la défense des animaux « non dans les termes paternalistes d’un homme sûr de sa supériorité, mais en prenant en compte l’ensemble des relations qu’ils ont avec les humains, ainsi que leur évolution dans le temps ». Nous connaissons le géographe, militant anarchiste, communard, pacifiste, mais Élisée Reclus est aussi un défenseur des animaux qu’il considère comme des « semblables », des « frères ». Dans son engagement, il s’affirme dès 1849 avec son frère Elie comme un végétarien. Ne pas manger de chair qui résulte du massacre d’êtres vivants est un choix personnel estimant que « si nous faisons peu de choses, du moins ce peu sera notre œuvre. »

Pierre Kropotkine, un de ses grands amis géographes, souligne : « un pain et une pomme, ou du raisin, c’était tout ce qu’il lui fallait pour vivre et travailler. Il était anarchiste jusqu’au plus profond de son intelligence, jusqu’à la moindre fibre de son être. […] Il sut rester pauvre, absolument pauvre, malgré les succès de ses beaux livres. »

« Mon affection de solidarité socialiste »

Roméo BONDON, géographe de formation, nous livre un petit opuscule qui synthétise très intelligemment la pensée de Reclus sur la question animale en la replaçant dans sa conception de la géographie, la relation entre l’Homme et la Terre, pour reprendre le titre d’un de ses ouvrages majeurs. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il présente une biographie démontrant l’engagement de l’intellectuel présent sur le terrain de son objet d’étude en lien avec des réseaux de correspondants dans le monde entier qui contribueront à lui sauver la vie après sa condamnation pour sa participation à la Commune de Paris. Sa production est fascinante, une Nouvelle Géographie Universelle en 19 volumes, l’Homme et la Terre, des centaines d’articles de fond publiés dans le monde entier et toujours sa vision profondément humaniste qui allie l’animal et l’homme dans une approche globale, « j’embrasse aussi les animaux dans mon affection de solidarité socialiste », évidemment anarchiste.

Pour Reclus, l’émancipation des individus passe par l’éducation vécue comme un transfert de savoir. S’adressant à son public, il affirme : « Ce n’est point entre nous que l’on pourra parler de maître à disciple ». Il faut donc expliquer et convaincre son auditoire de la nécessité du respect des animaux, mais toujours dans la non-violence.

Comme bon nombre de végétariens, son horreur de l’abattage provient d’un souvenir d’enfant, celui du cochon qui pousse, dans sa lente agonie, des cris presque humains. Sa description fascinante des abattoirs de Chicago souligne l’industrialisation de la mise à mort, en une journée, de milliers de bêtes, l’animal n’est plus qu’un matériau. Il dénonce l’élevage : « Nous avons eu pour préoccupation capitale d’augmenter les masses de viande et de graisse qui marchent sur quatre pieds, de nous donner des magasins de chair ambulante qui se meuvent à peine du fumier à l’abattoir. » Il en est de même à l’égard de la pêche. Associant l’homme et l’animal, il fait le lien avec la place de l’individu broyé par les usines.

Autre aspect intéressant de sa pensée : la porosité entre l’homme et l’animal ; « chacun n’étant jamais assuré de ne pas redevenir l’autre : perméabilité régressive de la barbarie, perméabilité progressive de l’évolution » (Claude Guest).

« Les bêtes parlaient […] l’homme comprenait »

Il mise sur l’éducation, on apprend des animaux. Si jadis l’homme et l’animal n’avaient pas de secret l’un pour l’autre, c’est que « les bêtes parlaient […] mais surtout que l’homme comprenait ». Nous retrouvons un écho de cette affirmation dans les écrits de Lévi Strauss et certains ouvrages de la collection Terre humaine.

L’inquiétude transparaît dans ses textes quant à la dégradation irréversible des territoires par l’Homme, la disparition d’espèces animales, l’asservissement des individus. Anarchiste, il concevait une association, une solidarité entre les hommes et les animaux.

Enfin, Elysée Reclus, c’est aussi un style, une écriture simple, lisible qui allie science et sensation. On ne rend compte d’une réalité qu’en allant sur le terrain, le ressentant, d’où sa passion pour la marche. « Chacun de nous est un résumé de tout ce qu’il a vu, entendu, vécu, de tout ce qu’il a pu assimiler par les sensations. »

Il faut montrer la beauté du monde et la souhaiter à nos frères vivants : « Nous voulons autour de nous un milieu qui plaise au regard et qui s’accorde avec la beauté. »

  • Le bestiaire libertaire d’Elisée Reclus

Roméo BONDON
Ed. Atelier de création libertaire, 2020

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