Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
 Groupe Commune de Paris de La Fédération Anarchiste

Décolonisation : liberté octroyée ou fruit des luttes ?

Le terme même de décolonisation est particulièrement ambigu. En lecture superficielle, il donne le sentiment que les pays occidentaux européens ont, un beau jour, décidé de rendre à leur destin les peuples qu’ils avaient soumis dans des conditions abominables. Comme si la mission pseudo civilisatrice de la colonisation chère à Jules Ferry et consorts avait atteint son but. La puissance dominatrice du discours colonisateur inspire encore aujourd’hui les propos de nombre de politiciens pour qui, malgré quelques bavures, la colonisation avait du bon.

Les auteurs de l’ouvrage Décolonisations ont souhaité « raconter l’histoire à l’endroit. Du point de vue de ses acteurs principaux : les peuples qui se libèrent. Dire la révolte, ce souffle qui se répand. »

Ceux qui se sont battus

Le livre se positionne dans le même esprit que la série éponyme diffusée récemment sur la chaîne Arte : parler de ceux qui se sont battus, pas forcément les chefs de file en alternant de courtes biographies au style enlevé et des textes abordant des questions de fond comme le recours à la sauvagerie dans la répression au Congo belge, les mains coupées, ou en Algérie, la torture. Cela nous le savons bien. Toutefois, connaît-on le premier génocide mené par l’Allemagne en Namibie envers les Namas et les Héréros ?

Tous les États européens ont participé à cet asservissement du continent africain et en Orient, pas seulement par une exploitation économique, mais aussi par un racisme fondé sur d’absurdes recherches scientifiques par la Société d’anthropologie de Paris mesurant la capacité des crânes rapportés des colonies. L’individu colonisé est un objet, un animal exposé vivant, les zoos humains, ou mort lors d’expositions, le squelette de la Hottentote au Musée de l’Homme à Paris.

La libération viendra des peuples

Personne ne voulait voir, la libération viendra des peuples eux-mêmes. L’ouvrage insiste sur le rôle des femmes à l’origine de manifestations, comme Mary Nyanjin à Nairobi.

Les formes de lutte furent diverses, la capacité de dire non, de refuser d’obéir en Inde, les techniques de guérilla d’Abdelkrim dans le Rif inspireront Castro, Hô Chi Minh. Pour autant, ces luttes de libération ne suppriment pas le pouvoir, l’argent, les rivalités, les trahisons, les méfaits dévastateurs des religions, le combat doit continuer. Comprendre « cela demande d’épouser le souffle même de la révolte ».

Francis, groupe Commune de Paris

  • Décolonisations

P. Singaravélou, K.Miské, M. Ball

Ed. du Seuil, 2020

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :