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 Groupe Commune de Paris de La Fédération Anarchiste

Journal de prison d'un communeux

Journal de prison d'un communeux

En prison de Versailles à Clairvaux

Eugène-Émile Robinet sera condamné, pour avoir participé à l’insurrection parisienne, le 23 novembre 1871 à la déportation simple. Cette peine sera commuée en celle de 5 ans de prison avec dégradation civique. Il sera incarcéré comme « détenu insurrectionnel » après remise de peine jusqu’au 22 mars 1874. C’est le journal de ces mois de prison accompagné d’une intéressante iconographie que nous livrent les éditions Dittmar. Quelle chance pour un éditeur de découvrir un inédit, un témoignage d’un de ces anonymes qui ont participé à la Commune ! Celui-ci, menuisier ébéniste de métier, participe à l’occupation de l’Imprimerie nationale puis du fort de Vanves et d’Issy. Dénoncé, il est arrêté au domicile de ses parents le 20 juillet 1871. Commence pour lui un sinistre cauchemar.

La sinistre quotidienneté

Comme nombre de fédérés, il est ballotté de prison parisienne en docks de Satory. Il subit les insultes, le mépris. La population versaillaise remise de sa peur se délectait à voir passer les convois de détenus. Cela nous le savons par Lissagaray et tant d’autres, mais l’intérêt de l’ouvrage réside dans la relation au jour le jour de la vie des détenus, cette sinistre quotidienneté, l’attente de la venue des familles au parloir, les espoirs déçus, les angoisses, les condamnations, l’hygiène déplorable, les rats qui courent sur les corps, les brimades, la bêtise crasse des gardiens, bref la vie dans les prisons de la République bourgeoise qui se venge et veut étêter le mouvement ouvrier.

Obligés à insulter l’espoir

Robinet nous livre les interrogatoires bidonnés, les instructeurs militaires qui condamnent avant le jugement, les demandes de grâce trafiquées et dictées par la hiérarchie militaire, incitant les condamnés à honnir la Commune. La pire condamnation que d’obliger à insulter l’espoir que l’on a contribué à bâtir ! Les condamnés à mort ne sont pas tous exécutés, mais la déportation en tuera de nombreux à petit feu.

La vie s’installe dans l’attente. Certains chantent, récitent des poésies, élaborent des pièces de théâtre, donnent des cours de français comme Robinet. Les mouchards sont vite repérés. Et puis un jour, c’est le départ vers la prison de Clairvaux, les chaînes au pied, et la nouvelle humiliation que d’être mêlé aux droits communs. Un grand classique de la répression !

  • Journal de prison d’un communeux

Eugène Émile Robinet

Ed. Dittmar, 2020

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