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 Groupe Commune de Paris de La Fédération Anarchiste

Au coeur des combats

Au coeur des combats

Ils furent des milliers, des inconnus, femmes et hommes composant la population parisienne, à se mobiliser pour défendre Paris et une République démocratique et sociale, la Commune. Il est toujours intéressant de lire les documents écrits dans le vif de l’action pour comprendre l’esprit des acteurs, des témoins. Plutôt que des mémoires écrits a posteriori, les lettres livrent les sentiments, les enthousiasmes, les inquiétudes de leurs auteurs. Michèle Audin nous présente les échanges épistolaires d’Alix Payen, 29 ans, plutôt bourgeoise qui s’investit comme infirmière auprès de son mari dans le 153ème bataillon de la Garde nationale pendant les combats dont ceux du fort d’Issy.

Pour défendre Paris

Rien la prédispose à un tel engagement, bien qu’elle soit issue d’une famille républicaine, opposée à l’Empire, fouriériste en lien avec la Colonie de Condé-sur-Vesgre près de Rambouillet. Les membres de cette famille montrent des sentiments contrastés à l’égard de la Commune, à l’instar sans doute de la population parisienne, la mère critique la confusion dans l’organisation de la Commune mais soutient sa fille et son gendre dans leur engagement. Le père resté dans la communauté fouriériste fait état d’un climat de fête et de danse, d’insouciance alors que la Semaine sanglante est engagée. A noter que le courrier passe entre Paris et la province, via le bureau de poste de Saint-Denis. Pour contrebalancer les rumeurs diffusées par les versaillais, Alix Payen relève, le 10 avril, « J’entends dire que l’on fait courir en province les bruits les plus effrayants sur Paris qui est pourtant très tranquille et qui n’a encore rien pillé ni tué, quoi qu’en disent les versaillais ».

Entre Issy et Vanves

A compter du 16 avril, les lettres décrivent les combats autour du fort d’Issy et de la gare de Clamart. Décidément combien de femmes furent présentes sur ces lieux ! Sous la mitraille versaillaise, la pluie, dans le froid humide d’une fin d’avril, elle parvient à entendre le chant nocturne d’un rossignol dans ces champs entre Issy et Vanves. Ses lettres deviennent de plus en plus ardentes, le combat, la violence des assauts poussent au courage et à l’abnégation pour sauver un blessé étendu entre les tranchées, en évacuer d’autres. Elle s’engage sur Neuilly et une de ses lettres dénonce le bombardement systématique des maisons par les canons versaillais du Mont Valérien. Destruction qui sera ultérieurement attribuée à la Commune.

Pendant la Semaine sanglante, son mari blessé meurt du tétanos. Heureusement, elle pourra être évacuée sur la Colonie de Condé-sur-Vesgre et échapper aux fusillades telles que décrites par Victorine Brocher, sa sœur de combat.

  • C’est la nuit surtout que le combat devient furieux

Alix Payen

Ed. Libertalia, 2020

 

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